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31 juillet 1999

Vers le refuge de Tête Rousse

C'est par le téléphérique des Houches que débute l'aventure. En quelques minutes, on se retrouve à 1794 m à la station de Belleville d'où on gagne la gare du tramway du mont Blanc, petit train à crémaillère, entre la ville de St Gervais et le nid d'Aigle à 2372 m d'altitude. La faible allure du train permet d'admirer le paysage ; on remarque notamment le chemin vers le col du Bohomme faisant partie de la randonnée du tour du Mont Blanc. Au passage du col de Mont Lachat, on peut brièvement apercevoir la vallée.

C'est pendant ce trajet que surgissent les premiers doutes. Réussirais-je cette ascension cette fois-ci ? Car c'est la troisième tentative. La première, en 1994, en partant par l'Aiguille du Midi et le refuge des Cosmiques s'est terminée au Mont Blanc du Tacul (circuit des 3 Monts Blancs). La deuxième, en 1997, par la même voie qu'aujourd'hui, s'est interrompue prématurément au départ du refuge du Goûter par le bris d'une lanière de fixation d'un crampon. La belle exaltation dans la vallée se teinte maintenant d'apréhension au fur et à mesure que l'altitude augmente.

Mais l'arrivée au nid d'Aigle (2372 m) interrompt ces réflexions, maintenant il faut y aller. Les choses sérieuses commencent.

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La station du Nid d'Aigle, terminus du tramway du mont Blanc

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Le chemin serpente dans un vaste pierrier jusqu'à la barraque forrestière des Rognes

Directement, on est dans le bain ! Il faut oublier la notion d'horizontalité. La montée commence en pente raide. Il y a presque 800 m de dénivelée pour atteindre le refuge de Tête Rousse (3167 m). Pour ceux qui gagnerons directement le refuge du Goûter (3817 m), c'est près de 1450 m à franchir. C'est ce que j'avais fait lors de ma seconde tentative, en 7 heures alors que les guides annoncent une moyenne de 5 heures ! Cette fois, j'ai opté pour une course en 3 jours ; cela permet d'une part une diminution de la fatigue et, d'autre part, donne un jour supplémentaire pour s'adapter à l'altitude croissante. Mais peu après le départ, je me déchausse (coques plastique) et constate l'apparition d'ampoules aux talons des deux pieds. Un couple d'Anglais qui redescend me posera des pansements genre Compeed. Merci à eux.

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Regard en arrière vers la barraque forestière des Rognes

Le chemin est relativement facile à suivre ; comme le Petit Poucet qui suivait les cailloux dans la forêt, je suis les marques de couleur sur les pierres. Arrivé à la barraque forestière des Rognes (2768 m), on retrouve une petite zone quasiment plate parsemée de quelques traces de neige que l'on traverse pour atteindre le pied de la montée vers le glacier de Tête Rousse.

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Vers l'avant, le début de la montée vers le glacier de Tête Rousse

L'ascension se poursuit par une série de lacets dans cette face pierreuse. Le ciel est nuageux, la chaleur n'est pas génante mais le sac commence à peser lourdement (environ 15 kg). Il faut dire que j'emmène une tente (3 kg) car j'ai l'intention de camper sur le Dôme du Goûter. J'ai le mauvais souvenir de la nuit que j'avais passée au refuge du Goûter surpeuplé en 1997, coincé entre un Italien et un ronfleur ; je n'avais pas dormi une minute. Je ne voulais pas renouveler cette expérience. J'emporte donc aussi un petit réchaud Camping Gaz et des provisions.
A mi-chemin, je fais une petite pause près d'une stèle portant la photo d'un personnage avec une inscription que je n'ai pu déchifrer. Quelqu'un connait-il ?

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Arrivé au sommet de la crête rocheuse, on découvre le glacier et de l'autre côté le refuge de Tête Rousse. En face se dresse l'imposante Aiguille du Goûter et on devine à son sommet le refuge que je devrai rejoindre demain au terme d'une ascension de quelques 650 m. Au pied du Grand Couloir neigeux, la trace qui le traverse est nettement visible. Cette traversée est le point le plus délicat et le plus dangereux de toute cette montée au Mont Blanc. Les chutes de pierres y sont fréquentes, surtout l'après-midi lorsque le soleil fait fondre la glace qui les retiend. Ici, pas d'encordement, chacun traverse à son tour, le plus rapidement possible, à l'affût de la moindre alerte. La seule sécurité : un câble tendu de part et d'autre du couloir mais pas facile à utiliser car situé plusieurs mètres au dessus de la pente.

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Le refuge de Tête Rousse

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La petite cabine : les toilettes, pelle à neige à disposition !

Arrivé au refuge, j'ai la satisfaction d'y trouver de la place sans avoir réservé ; j'aurai même 3 places à ma disposition.

Au cours du souper, à ma table, 1 Anglais, 1 Allemand et 3 Français. La discussion s'engage et avec Christian, assis à ma gauche, nous nous découvrons une particularité, nous sommes les habitants de deux villes jumelées, Esneux et Châtillon-sur-Seine. Quelle coïncidence ! Il est accompagné de Denis, alpiniste amateur mais de haute compétance qui a qualité de guide, et de Stéphane. Denis a fait beaucoup de hauts sommets dont le Mc Kinley et l'Aconcagua. Quant au Mont Blanc, il l'a déjà gravi une vingtaine de fois !

Pour le lendemain, Denis me propose de se charger de ma tente jusqu'au refuge du Goûter ; j'accepte et le remercie pour sa proposition. Au coucher, je constate que les chaussettes adhèrent aux pansements ; je ne prends donc pas le risque de les enlever. Bonne nuit à tous.




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